Il fut quelques temps quelque part. J’eus l’habitude de publier des liens vers des blogs témoignant de la vivacité/véracité de la vie à Madagascar. Celle qui dépasse les clichés, que l’on croise tous les matins en attendant le bus à 6h du matin après avoir pu avalé un café et un menakely. Aucune idée si untel/unetelle y a manifesté de l’intérêt – à vrai dire je n’ai toujours pas pu cerner le sens de ce blog – mais les petites idées ont continué à trotter dans ma cabosse et comme je prends beaucoup de plaisir à broder des liens et des histoires, l’envie m’a prise de demander à mes bons amis s’ils voulaient eux aussi prendre part au petit jeu “Madagascar … 50 ans après” et de partager à travers plusieurs générations de malgaches les espoirs d’avant, la réalité d’aujourd’hui ainsi les souhaits pour demain. Je fais donc appel à toutes les bonnes âmes d’initier la conversation (et de soumettre ici) si jamais vous avez dans votre entourage des personnes ayant vécu l’indépendance de 1960, la révolution de 1972, la vie dure dans les années 1980, les rues de 1991,…bref engagez-les à répondre à ces TRÈS courtes questions. J’attends impatiemment vos messages!
Qui es-tu?
Aujourd’hui, je suis une parisienne de 48 ans travaillant dans le secteur assurantiel aimant par ailleurs, pèle-même: voyager, lire, faire du taekwondo et l’art sous toutes ses formes d’expression.
Je suis née en France où mes parents poursuivaient leurs études. Ainsi, ma langue maternelle est le français, legs de ma baby-sitter strasbourgeoise. J’ai parlé malgache plus tard, une fois mes parents rentrés à Tana, la ville où j’ai grandi . Comme dans beaucoup de pays d’Afrique francophone tout juste indépendants, la fonction publique offrait un débouché naturel aux jeunes diplômés malgaches des années 60. Je suis donc issue d’une famille qui comptait moultes enseignants, médecins et militaires. Certains de ces oncles et tantes se trouvant affectés aux quatre coins de l’île, j’ai eu la grande chance de sillonner Madagascar et de séjourner dans chacune des provinces pendant les congés scolaires. Ma grand-mère paternelle habitait, elle, à une centaine de km de Tana, près d’Ambatolampy, dans un village où j’ai également passé mes vacances. Mes souvenirs malgaches sont donc très divers et vont de la distribution des prix à l’école primaire (que j’attendais fièvreusement pour avoir un nouveau livre de contes et légendes) à l’attente en pleine forêt du bac permettant de traverser le fleuve en passant par les courses aux libellules dans les champs. Les séjours sur la côte m’ont par ailleurs permis de sauver l’honneur en cours de malgache : mon médiocre niveau était compensé par ma maîtrise des “fitenim-paritany” (langues des provinces).
Je garde de cette enfance le goût, voire le besoin, des grands espaces mais aussi une grande circonspection vis à vis de toutes les idéologies. Citoyenne du monde bien avant que le mot “mondialisation” ne fasse son apparition dans le vocabulaire, j’ai été par la suite confortée par des voyages dans d’autres parties du globe dans l’idée que, quelle que soit la latitude, les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Les plus belles années de Madagascar selon toi?
Elles correspondent pour moi aux années 70 sans que je sois en mesure de distinguer ce qui relève de la nostalgie personnelle de ce qui transparaît de la lecture des données macro-économiques. Dans mon esprit, ces années sont synonymes d’espoir et de paix sociale.
Je suis un enfant des trente glorieuses, certes finissantes. J’ai donc porté avec enthousiasme les valeurs dominantes de l’époque: pour autant que nous fassions nôtres les efforts nécessaires, croissance et progrès assureraient un avenir meilleur à tous. Madagascar était un pays en voie de développement, l’expression n’étant pas encore une formule “politiquement correcte” de désigner un pays pauvre. Fille de fonctionnaire, scolarisée dans l’enseignement public, j’associais l’Etat malgache à un enseignement de qualité, à des services publics qui fonctionnent. Le pays était moins pauvre. La notion même d’insécurité nous était par conséquent totalement inconnue et, à Tana ou en province, en ville ou à la campagne, nous allions et venions seuls bien plus librement que les générations qui nous ont succédé. Ce faisant, même si nous êtions tous différents, nous avons grandi ensemble.
Nous avons en effet connu la cohésion sociale….L’enfant que j’étais percevait certainement la situation de façon erronée puisque les évènements ultérieurs ont révélé les tensions sous-jacentes.. Il n’en demeure pas moins que j’ai grandi dans une société paisible. Mon père étant officier, ma famille habitait un logement de fonction à l’état-major de la Gendarmerie Nationale. J’y ai partagé mes jeux avec les enfants des militaires malgaches et ceux des coopérants français. De la même façon, pendant mes séjours à la campagne, je jouais aux osselets avec les fillettes du bourg et lors de mes vacances dans la région de Diégo, je partageais les “fintsa” (bananes séchées) des enfants des villages pendant que ma grand-mère, qui faisait partie de la Croix-rouge, distribuait de la nivaquine.
Comment je voyais Madagascar en 2010
J’ai quitté Madagascar en 1979. Le pays avait rejoint depuis quelques années le bloc socialiste. En partant, je pensais que la situation de Madagascar ressemblerait progressivement à celle des pays communistes: un Etat fort maillant l’ensemble du territoire, ledit maillage servant à la fois à garantir à tous un accés aux soins, à l’éducation, au logement, à l’emploi et à restreindre leurs libertés individuelles. Fort heureusement ou pour notre grand malheur, je me suis fourvoyée.
Message aux jeunes malgaches
Vous êtes maîtres de votre destin. Les propos que je m’apprète à vous livrer ne sont donc en aucun cas des conseils mais un retour d’expérience (il faut bien que prendre de l’âge serve à autre chose qu’à vieillir!).
Je pense comme beaucoup d’autres que Madagascar ne pourra pas se développer durablement sans investir dans l’éducation de masse. Le pays manque de main d’oeuvre qualifiée. Par ailleurs, un homme éduqué n’est certes pas à l’abri des épreuves mais il est plus armé face à l’adversité.
De plus, l’éradication de la pauvreté doit être une priorité réelle sauf si vous optez pour une société où l’on bâtit des lotissements privés gardés par des vigiles armés. C’est possible, mais c’est tout de même très éloigné du fihavanana (convivialité) ancestral.
Enfin, l’insularité isole et plusieurs témoignages ont montré à quel point certains modes de fonctionnement locaux pouvaientt être éloignés des standards internationaux. Un des défis formidables à relever sera de respecter une identité régionale forte tout en l’ouvrant davantage sur l’extérieur. Les nouvelles technologies peuvent vous y aider.
Tous mes voeux de réussite vous accompagnent!










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