Cette fois-ci Nathalie a repris la flambeau (course déjà si bien menée par Rondro et Patrick) et s’est chargée de nous faire parvenir le message de son amie Michelle. Merci Nathalie et merci à tous les lecteurs actifs mais peu bavards dis donc…pourtant (et c’est bien là une chance) ce n’est pas jogany qui rédige ces excellentes contributions!
Qui es-tu?
Qui es-tu?
En prenant une bière et des brochettes avec des amis l’autre soir sur la terrasse du bar de mon cousin Ralay à Morondava j’ai eu vent de ce qui se concoctait sur purple.corner par le biais de Liz qui était pendue à son portable en discutant avec Nathalie qui l ‘appelait de Suède. Elles étaient en train de peaufiner l’interview final de Liz avant sa publication sur le net, Nathalie lui lisait le texte final et Liz devait donner son accord ou son véto. De ce soir là, il me reste le souvenir du ton gai de Liza, les éclats de rire des deux soeurs entre deux commentaires ou un accord, et surtout l’expression de joie de Liz d’avoir à replonger dans ses bons souvenirs d’enfance, de partager son expérience avec les autres et sa vision du futur. Elles ont eu bien la pêche les soeurs, c’est devenu contagieux et donc cela n’était pas difficile pour moi de dire oui quand Nathalie m’a demandé de contribuer aussi. J’ai eu droit à 2 interviews téléphoniques de 2 h et demie au total et une mise au point finale avant publication de ma contribution.
Avant de continuer, en me replongeant dans le passé je revois mes amis Haïtiens que j’ai déjà portés dans mes pensées avec le malheur du tremblement de terre et ses conséquences qui leur arrivent en ce moment, et j’ai une pensée encore plus émue maintenant car j’ai eu à travailler avec des Haïtiens dans mon équipe. Je garde comme bon souvenir leur fort attachement à leur culture, leur chaleur et leur gentillesse extrême avec la communauté Malgache. Je souhaite de tout coeur que pour eux aussi cela redémarre vite.
Je suis née 3 ans avant l’indépendance mais je ne me souviens pas de ce que c’était, à quoi la vie pouvait ressembler avant, je m’en suis fait une image, une compréhension par le biais de notre père qui tenait à sauvegarder notre culture après avoir connu lui même l’époque de la colonisation.
Je me suis révoltée dès mon jeune âge contre le système d’éducation où il faut aller à l’école petit de 8 heures du matin à 16 heures et ensuite donner des devoirs pendant que les adultes en revenant du bureau n’avaient plus de travail à faire à la maison! Je trouvais que le créneau d’éducation pour s’épanouir à l’école en dehors des matiéres théoriques ou générales n’était pas suffisant si non nul, la voie pour la créativité n’était pas offerte et d’ailleúrs si on avait le “Malheur” de s’ntéresser aux activités manuelles de manière atypique par rapport aux emplois du temps prévus par l’école, à ce qui a à avoir avec la créativité, on avait tendance à classer les élèves au rebut, ou avec moindre capacité, on ne les voyait pas comme la future élite de Madagascar, comme si le pays devait se construire uniquement avec l’élite sur papier! J’ai du suivre le chemin de tout le monde dans la famille, mais en exprimant ma révolte en permanence et d’ailleurs à l’université de Tamatave je me suis ennuyée royalement aux cours, je n’ai pas retenu grand chose et j’ai quitté l’université avant terme et de bon gré au grand dam de mes enseignants et ceux qui m’ont élevée car l’éducation est sacrée chez nous et on pensait alors que on ne pouvait apprendre que dans les universités et les grandes écoles..Mais pour rassurer mes anciens profs, je suis pour le savoir, la connaissance, Madagascar ne s’en sortira pas si on cultive l’idiotie et non le savoir, mais offrir le même package pour différentes personnalités n’optimise pas les différents potentiels des êtres humains et on passe à coté de ceux qui veulent créer d’abord et être accompagnés par le savoir qui leur manque pour exprimer et laisser développer leur fibre créative.
Avec ce background vous pouvez imaginer maintenant que j’ai roulé ma bosse, avec des hauts et des bas, je suis une femme de terrain. J’ai travaillé essentiellement dans le commerce, de gros surtout comme représentante commerciale et administrative par la force des choses. J’ai travaillé pour des entreprises karana ou Malgaches à Tananarive. J’ai galéré dans ce travail car je ne me suis jamais sentie récompensée par rapport aux efforts, aux responsabilités mais surtout par rapport à mes résultats. Les salaires étaient misérables, comme pour le lot de tout cadre moyen ou employé malgache en général je présume. Mon sens de la révolte a bouilloné, j’ai eu le fort sentiment d´être exploitée et petit à petit l’idée de créer mon entreprise a fait son chemin car je me sentais impuissante d’aller poursuivre en justice les patrons incorrects sachant qu’ ils avaient les moyens de rendre aveugles qui ils voulaient pour immaculer leur image pendant que j’aurais à faire face aux frais de justice et la chance que la victime sorte coupable ne relevait pas d’une pure utopie. Je ne voulais plus travailler pour les autres pour demeurer pauvre. Soyons honnête cependant, j’ai contenu ma révolte jusqu’à un certain moment car mon travail m’a appris à approcher les gros clients malgaches, à étoffer mes réseaux de contact dans le domaine commercial, à détecter les défaillances de gestion du personnel ,les mentalités exécrablement maffieuses de certains concurrents ou opérateurs, et aussi à aller dans les milieux isolés de la région du Boina, les milieux classés durs de la capitale (mes zones étaient entre autres Isotry, Anosy, Anosipatrana) où j’avais de gros grossistes des produits de nécessité. Ce que j’ai retenu aussi c’est que ni l’habit, ni le nom d’une personne, ni le titre, ni la grandeur d’une entreprise ne fait ni le moine ni l’intégrité morale! Parmi les êtres humains formidables que j’ai eus à croiser, un bon lot sort de Anosipatrana et Isotry, des gens dignes et qui ont bâti en brassant des millions de l’époque, en créant des services bien qu’ils aient une manière de penser et d’opérer très diffèrente de la mienne!
Comme je vous ai dit j’ai roulé ma bosse et j’ai appris sur le tas, connaissances qui me servent précieusement pour la gestion de l’entreprise dont je suis copropriétaire avec mon fils maintenant. J’ai séjourné en Scandinavie et en France et je n’y suis pas allée pour étudier comme on a l’habitude de voir chez les Malgaches de ma génération, mais pour travailler. La Suède m’a donné un autre oeil et en France j’étais aussi au service commercial d’une autoécole.
Après 2 ans, j’ai continué mon périple aux Caraïbes, c’est de là je pense que j’ai développé mon intérêt pour le tourisme, la compréhension de satisfaire les attentes de la clientèle internationale selon les valeurs de celle ci et non de mes propres valeurs! Respecter le cahier des charges ne satisfait pas seulement le client mais renforce sa confiance et son envie de revenir et on fidélise plus facilement son client sans trop d’efforts de marketing ainsi, en faisant bien les choses comme promis.
J’étais responsable commerciale d’une grande laverie pour professionnels (de business á business), nos clients étaient les grands hotels de luxe, et la gamme touristique, et les bateaux de croisière de luxe ou privés qui faisaient escale sur l’Ile de Saint Martin. Ah les bateaux je garderai toujours en tête l’exclamation des employés Haïtiens et Saint Martinois quand ils faisaient les poches du linge à nettoyer, ils sortaient des billets verts de 20 dollars que ce personnel pouvait garder. J’ai découvert des employés d’une honneteté exemplaire, le contrat avec les bateaux de luxe prévoyait que tout bijou oublié doit revenir au client, et je peux vous assurer que même si parfois on trouvait de grosses bagues qui valaient certainement plus que le salaire réuni de tous les employés en un an, on a toujours restitué. C’est un de mes plus beaux souvenirs des Caraïbes. Les lingeries fantaisistes et qui coûtaient un prix que je trouve indécent de dévoiler faisaient bien l’objet de commentaires et de fantasmes de la part des employés. Ce que j’ai retenu de ces lingeries fines, c’était un test à passer, il fallait en prendre soin comme si c’etait un bijou de famille, j’ai vraiment appris que finalement pour bien travailler dans le secteur service, il faut comprendre au maximum comment un client raisonne, à quoi il tient pour pouvoir le rassurer.
Depuis 2000 je voulais créer mon entreprise, j’ai tâtonné un peu et le démarrage réel s’est fait en 2004. Je suis maintenant donc chef d’entreprise à Belo sur Tsiribihina, le Mad Zébu, un restaurant axé pour les touristes venant dans la région des Tsingy et nous sommes en train de préparer le lancement de notre deuxième unité à Morondava en hébergement et table d’hôtes. Je suis en train de me pencher aussi sur le transfert de touristes entre Morondava et les Tsingy en passant par Belo sur Tsiribihina.
Dieu m’a donné la chance de pouvoir procréer mon fils et ma fille qui font partie du volet Bonheur de ma vie, et aussi de prendre la responsabilité de donner une meilleure vie et éducation, à un natif de Belo sur Tsiribihina qui est pour moi mon troisième enfant, car c’est ainsi que je l’aime. En tant que mère bien entendu je trouve mes 3 enfants beaux, même s’ils sont adultes maintenant, je peux encore le dire j’espère.
Quelles sont d’après toi les plus belles années de Madagascar?

La sécurité et la production agricole étaient bien meilleures ou peut etre mieux gérées avant 1972. Il faut cependant ne pas oublier que par rapport à nos capacités de productions on n’était certainement pas aussi déphasés par rapport au nombre de la population. Nous assistons de plus en plus à une démographie galopante de nos jours pendant que la production décroit.
Quand j’étais petite fille j’aimais faire de temps en temps l’ école buissonnière, même à la maternelle. Parfois cela m’ennuyait d’aller à l’école l’après midi même si je n’étais pas mauvaise élève du tout. Je trouvais tout simplement parfois plus intéréssant d’aller jouer dans le jardin public ( parc) de Morondava ou simplement faire ma petite sieste sur la véranda de l’école chez les soeurs. Bref j’avais mes propres règles pour décider quand est ce que je devais ou pas aller à l’école. Quand je prenais ces décisions, cela a créé des émotions chez les adultes, pendant que moi j’ en étais ravie et j’ai réussi pas mal à me promener ou faire ma sieste avant qu’on ne découvre où j’étais! Dieu merci la sécurité était bonne à cette époque.
Il me semblait que le fleuve Tsiribihina ne tarirait jamais en poissons. Beaucoup d’habitants à Belo sur Tsiribihina entre les années 1960- 1970 pouvaient encore aller pêcher leurs poissons tous les jours et ils ne se souciaient pas forcément d’aller acheter le laoka, accompagnement du riz . J’aimais particulièrement aller pêcher et les poissons étaient bien gros pour mes bras de petite fille de 8 à 10 ans. Je me souviens d’être allée la pêche avec mon frère Momo qui avait 14 ans à l’époque, et j’ai eu une peur bleue quand j’ai attrapé un tilapia gros et fort car il me tirait vers le fleuve pendant que j’essayais en vain de remonter la ligne vers le rivage. A un certain moment j’ai cru que ce poisson allait m’entraîner dans le fleuve, j’ai crié Dada au secours, mon frère qui pêchait plus loin vers un rocher où cela pullulait de carpes m’a entendue et a accouru comme un grand frère sait le faire pour sauver sa petite soeur et à deux on s’est encouragés en disant allez hisse, et avec beaucoup de peine nous sommes arrivés à remonter le poisson. Je ne sais pas exactement combien il pesait, mes yeux d’enfant lui donnaient bien 2 kg à 2, 5 kg.
Toujours sur le chapitre ressources poissonnières: j’aimais vraiment aller à la pêche, seule ou accompagnée. Père nous interdisait d’y aller seuls en tant qu’enfants, mais pendant qu’il était au bureau ou faisait sa sieste, je me suis quelquefois bien débrouillée pour m’adonner à ce petit plaisir à son insu, sans être consciente du danger d’aller seule au bord du fleuve. Je me souviens de cette après midi où j’ai pêché. Le panier s’est vite rempli et du coup je ne pouvais pas le porter, c’était trop lourd pour une enfant de 8 ans. Je ne voulais pas remettre les poissons à l’eau et j’étais embêtée. Finalement il y avait une dame qui revenait de la lessive qui passait à côté et je lui ai demandé gentillement de passer chez mon père et de lui dire qu’il vienne me chercher car j’avais trop de poissons et je ne pouvais pas les porter. Je ne me souviens pas exactement si mon père était en colère ou inquiet, ou les 2 à la fois, mais j’ai par contre le souvenir de ma satisfaction d’avoir fait l’exploit de remplir le panier avant même que père n’ait eu le temps de sortir du bureau et je me sentais bien douée à la pêche à la ligne; forcément on était tous doués, il y avait tellement de poissons dans le Tsiribihina à l’époque.
Nous avons été conscientisés par le biais du travail de notre père de la situation des paysans malgaches dans le Menabe. L’isolement était un de leurs problèmes majeurs, l’éloignement ou plutôt la difficulté de transporter les marchandises sur les lieux de marché ce qui les rendait vulnérables. On pouvait cependant constater qu’ils produisaient, et même si on a vu des paysans vivant en difficulté, certains pauvres, trés pauvres même, on a vu aussi que beaucoup ne devaient pas être pauvres car ils savaient travailler la terre et la cultiver. Il s’agissait essentiellement du riz, des haricots, lentilles, pois du cap et le tabac. Père nous a aussi expliqué que la situation des éleveurs était différente par rapport à l’isolement. Ils se déplacaient avec leurs troupeaux eux! On a vu encore vers les années 65-70, beaucoup d’éleveurs riches dans le Menabe, ils vivaient heureux, à leur manière. J’aimais bien les voir en ville à Belo sur Tsiribihina. Ils faisaient les amplettes pour leurs femmes, leurs familles. Certains achetaient des machines singer dans la socièté où père travaillait, du sucre en vrac, du sel, même de l’huile et bien d’autres denrées. Les richards prenaient l’avion, à cette époque Air Madagascar reliait Belo, Miandrivazo, Ankavandra, Antsalova, Maintirano et Tananarive. On aimait vraiment voir ces paysans riches, quelque part on se sentait riches nous aussi quand on les voyait. Ils mettaient l’argent dans des jutes, on l’a compris quand père a eu affaire à un d’entre eux la première fois car la société où père travaillait était aussi représentante de notre compagnie d’aviation nationale. Au moment de l’embarquement, père interpelle le paysan et lui dit vos sacs en jute doivent aller en soute, mais celui ci proteste avec une certaine violence dans le ton, et après discussion il explique que il a des millions dans ces sacs! Je ne me souviens plus comment cela s’est réglé mais une chose est certaine, ils ont pu garder les sacs avec eux dans l’avion. Ces scènes ont progressivement disparu à partir des années 1974 comme si nos paysans riches ont disparu de la liste de ceux qui constituent la richesse de notre pays.
J’aimais bien fureter si non lire les magazines et journaux que notre père recevait par la poste quand on était petits. Bien que dans cette petite ville, on était au courant de ce qui se passait dans la capitale, dans la région du Betsileo et aussi un peu dans le monde. Père lisait le courrier de Madagascar qui est devenu il me semble après Madagascar matin, Lakroa, quelquefois on avait Hehy ou Maresaka Basy Vava, il y avait aussi des revues de reader digest et je ne me souviens plus du titre mais de temps en temps il y avait des magazines en anglais! Je me rappelle qu’il voulait consulter aussi régulièrement le journal officiel de Madagascar. C’est que la poste était fiable à cette époque jusqu’en 1973 et on était desservi régulièrement 2 à 3 fois par semaine par avion! Je regrette tellement que la poste soit devenue lente de nos jours pour Belo, on aimerait s’abonner aux revues professionnelles internationales mais je n’ose même pas imaginer l’itinéraire que la revue prendrait et elle risque d’attérir chez tout sauf un professionnel qui en aurait grandement besoin.
Les efforts de notre pays en matière de tourisme sont louables, depuis les années 2003- Reconnaissons que en fait même vers les années 1999 le nombre de touristes a augmenté, mais il y a une différence significative et de manière croissante depuis 2004. Cela a fait ses preuves en matière de lutte contre la pauvreté. On a encore à améliorer pour professionaliser la filière, pour avoir une image de qualité de la filière, pour enrayer la concurrence déloyale et maffieuse et établir à la place une règle de concurrence qui sert l’intéret du client, pour ne pas laisser la dominance malsaine des grands régner et étouffer les petites unités du pays, mais cela ne nous empêche pas de constater que 2003-2008 c’était de belles années pour la filière avec beaucoup de promesses. La croissance s’est faite en flèche en touchant les différents acteurs de la filière , en offrant du travail aux Malgaches, en créant un dynamisme économique. Il était permis d’envisager des investissements pour grandir, pour se renforcer à partir de ses gains et je parle en tant que petit entrepreneur malgache qui n’intéresserait pas forcément les banques à priori, mais le développement économique de mon entreprise permettait un investissement sur fonds propres et une avance de trésorerie si besoin pour une petite unité malgache. L’office du tourisme de note région a aussi fait des progrès dans la communication avec nous dans la promotion des petites unités,
Concernant la lutte contre la corruption, si elle revient dans les discussions de salon, on en parle aussi par ci par là, elle est bien sur les lèvres de ceux qui ont la capacité de comprendre, on doit être honnête c’est qu’elle est bel et bien là dans notre pays cette corruption qui gangrène notre société. Je voudrais cependant témoigner que depuis les années 2003, j’ai constaté une amélioration nette dans mes démarches administratives. Je n’ai pas eu à corrompre qui que ce soit et personne n’est venue m’embeter pour me soutirer des sous avant qu’on ne traite mes dossiers. Je paye mes impôts rubis sur ongles et il n’y pas de négociations du style on peut s’arranger sous entendant qu’on peut tromper l’état en falsifiant les chiffres et en payant moins et on donne un pot de vin à l’auteur du crime administratif. J’ai même été accompagnée par le personnel administratif des impôts en cas exceptionnel de difficultés, mais jamais dans mes négociations j’ai eu à corrompre et on ne m’a jamais demandé des sous pour financer le mal. Mes contacts administratifs à Morondava ont même été fabuleux au cas où un petit entrepreneur aurait mal interprété une loi ou comment une loi peut aider le petit entrepreneur pour comprendre ce qui est déductible d’impôts et encore une fois ils ont fait leur travail proprement. Maintenant je ne sais pas si la taille de mon entreprise est petite et c’est à cause de cela que j’échappe aux pressions du mal, les gros sont plus juteux et il vaut mieux se focaliser sur ceux là, ils ont une plus grande capacité financière, je ne souhaite pas me donner un mal de tête en planchant dessus, je confirme pour mon cas que en fin j’ai eu le sentiment de pouvoir travailler proprement dans mon pays et beaucoup de petits professionnels Malgaches ont travaillé proprement avec moi.
Pour moi définitivement ce sont mes plus belles années professionnelles et j’inclus dans ma comparaison mon passé dans d’autres entreprises malgaches ou à l’étranger. Evidemment j’ai capitalisé sur mon passé pour construire une meilleure situation, et la résultante est que j’ai eu envie de continuer à bâtir, à mieux entreprendre dans mon pays.
Même si c’était les meilleures années, je ne dois pas oublier que nous avons encore beaucoup de faiblesses à redresser, et les lenteurs pour moi ne sont que l’expression d’un besoin en renforcement des capacités humaines et techniques dans la filière, cela concerne aussi bien les opérateurs que l’administration et les offices de promotion. Cela demande en plus de la volonté , un savoir faire, nous étions déjà à mi chemin je pense jusqu’en 2008. Mon horizon de comparaison s’arrête en 2008 comme en 2009 il n’y a pas eu d’activités presque à cause de la crise politique de notre pays et au moment où je suis interviewée, en début 2010, c’est trop tôt pour dire quoi que ce soit.
Comment voyais tu Madagascar en 2010??

Je n’ai pas vraiment rêvé de ce que pourrait être 2010 dans le passé, avant l’an 2000 en tout cas. J’étais tellement horrifiée par l’état d’esprit de certains patrons, ou du moins comment on gérait les ressources humaines que je ne pouvais que voir les choses négativement, je pensais que Madagascar ne démarrerait pas, en tout cas pas pour moi, comme je l’entendais. Cela dit franchement je ne me suis jamais imaginé que les infrastructures seraient dans un état plus déplorable que ce que j’avais vécu dans mon enfance et jeunesse, que les hôpitaux auraient du mal à soigner ses malades, que on aurait besoin de reconstituer au moins les niveaux de développement selon les indicateurs des années 65-70! Je ne pensais pas que on allait regresser en 1980, 1990 et encore moins en 2010, même si j’avais mes doutes sur notre démarrage économique avant les années 2000. Puis vint la mise en place de mon entreprise, et compte tenu des résultats , pas seulement pour moi, mais aussi pour mes confrères, j’ai eu confiance dès l’année 2007 que 2010 sera meilleure encore que les autres années dans notre filiére, qu’il y aurait plus rude concurrence mais c’est signe du dynamisme du secteur, et que je pourrai envisager un développement de mon activité en ouvrant d’autres unités. Je n’ai pas prévu que il y aurait une crise grave en 2009, j’ai eu l’impression que le ciel m’était tombé sur la tête, mais je souhaite garder la tête froide et voir comment je pourrai continuer; cependant 2010 n’est plus l’année des implémentations pour moi.
Ton message pour les jeunes de 20 ans pour les 50 ans à venir.

J’ai le fort sentiment que l’esprit d’entreprise nous fait défaut. Il y a des entrepreneurs mais par rapport aux opportunités nous sommes en dessous de ce qui peut se faire. Il y a certainement des raisons à cela, et l’esprit d’entreprise soit on l’a soit on ne l’a pas, les techniques sont là pour servir au mieux la capacité de l’esprit entreprenant. Il me semble que notre éducation joue un rôle qui nous rend moins apte à prendre des risques, à tenter les choses devant les différentes curiosités qand on est tout petit. Cela ne suffit pas évidemment de mettre tout sur le compte de l’éducation familiale et sociale, mais on devrait s’y pencher pour laisser le tempérament et l’esprit entrepreunarial dès la tendre enfance s’exprimer et s’épanouir.
Dans ma profession la filière souffre de son image, on doit établir une image de qualité. On voit des enterprises s’ouvrir ce qui est bien d’une part, mais on est loin des normes internationales, et certains ne savent même pas ce que ces normes sont. Il y en a qui les connaissent aussi mais ne les appliquent pas si cela leur coute et ils jouent sur le fait que tant que la concurrence n’est pas encore une menace par rapport à leurs capacités on ne verra pas une adaptation, cela touche donc aussi bien les petits que les grands. A mon avis, on a besoin de formation pour ces petits entrepreneurs et aussi une réglementation stricte applicable même aux grands qui essayent d’échapper. Ceux qui vont prendre des responsabilités dans les 20 ans à venir devrait veiller à ce que des règles qui auront été établies fonctionnent pour controler une profession de qualité dans le tourisme.
J’espère aussi que on ne va pas attendre encore 50 ans pour qu’on sorte de l’état d’esprit système D Malgache, il faudra travailler pour qu’on travaille avec vision et le professionalisme est une attitude qui devrait nous accompagner dans les années à venir.
On aura besoin le plus vite possible d’un système d’éducation qui répond aux besoins des entrepreneurs, au niveau régional pas seulement national, et des jeunes diplômés qui sont formés avec l’esprit pratique. Il serait bien que ceux qui ont la tête pleine de théories puissent faire une adaptation de la technologie en low tech pour les Malgaches pour que cela soit accessible et qu’on travaille vite et avec plus d’efficience.
Enfin on n’arrête jamais d’apprendre. Ce qu’on a appris il y a 5 ou 10 ans n’est plus forcément ce qui est le mieux adapté ou même encore valable aujourd’hui, pour cela pensez à la formation continue. Cela doit être inclus dans la politique de gestion du personnel de toute entreprise et c’est valable aussi bien pour les dirigeants que le personnel. J’en sais quelquechose, je sais ce que cela me rapporte en valeur ajoutée avec le niveau du personnel qui est à jour avec les dernières tendances. Pensez y vous aussi.
Enfin, même en étant entrepreneur, l’honneteté intellectuelle et morale sont des valeurs qui payent! Je vous invite à y adhérer!










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