Lorsque Rondro vous inclut dans sa bande d’amis cela signifie que vous êtes embarqué dans un voyage social trépidant avec à vos côtés des compagnons tout aussi attachants qu’hilarants. Je ne la remercierai jamais assez de nous avoir apporté les témoignages de ses amis Nathalie et Aviva pour cette série. Comme avec Rondro il n’est jamais, ô grand jamais, question de laisser tomber, elle poursuit sa petite quête et nous apporte sur un plateau tout chaud pleins d’histoires venant du temps passé mais définitivement pertinent pour le présent. Et quel présent! 50 ans après on parle de commémoration d’indépendances en Afrique. Des pays libérés du joug colonial mais qui réellement ont éprouvé pires difficultés à construire de bonnes fondations pour établir des sociétés développées et épanouies (j’omets volontairement tout le blablabla sur démocratie, constitution, etc. sinon on en parlerait toute la nuit). L’on nous disait que les années 60-70 étaient les meilleurs, que les cinémas projetaient des films tout juste sortis des studios, aujourd’hui la production locale peine à diffuser ses réalisations à très très petit budget; l’on nous parlait de la vie communiste dans les années 80, que les rayons de supermarchés étaient vides de chez très vides, aujourd’hui il y a des émeutes de la faim et une exode rurale qui gavent les bidonvilles. Récolter les histoires de mes amis sur leur meilleur souvenir de la vie dans leur pays est une aventure humaine qui fait mûrir et pousse à prendre l’action pour aider les générations futures dans l’établissement d’une société plus juste, plus riche et simplement plus épanouie. On se sent inspiré, très inspiré, alors n’hésitez pas à engager la conversation autour de vous et de demander à vos proches et passants de transmettre leur message. Cela ne prendra que 10 minutes et 3 questions mais quelque chose me dit que nous irons loin….

Qui es-tu?
Oh, mon nom ne veut rien dire. Je travaille dans l’art, la culture. Un illustre inconnu, en somme! Issu d’une famille modeste des années soixante, ma destiné était modeste. Au lycée galliéni annexe d’Ankadinandriana (derrière le Rova d’Antananarivo) où j’étais en primaire, on m’a fait assimiler des valeurs culturelles très occidentales. Très tôt j’avais lu et relu tous les écrivains malgaches d’expression francophone. Dans les pages de Victor Hugo mon imagination m’emmenait marcher sur les pavés du Pont Neuf à Paris. A quatorze ans, pour vaincre l’ennui, Le Procès de Kafka m’est tombé dans la main. Trop tôt quand même, je crois. Toujours est-il que, adolescent à Madagascar, déjà j’entrevoyais à travers ces livres le monde moderne et “chaotique” qui existait de l’autre côté des oceans.
Mais, paradoxalement mon père tenait aussi à me transmettre la culture malgache dans toute sa profondeur. Il voulait que je l’acquière auprès de ceux qui la détiennent. Dès mon plus jeune âge alors, pendant trois mois et demi dans l’année on m’envoyait passer les vacances à la campagne, chez les paysans. Je quittais mes copains de la ville pour me noyer dans un autre monde. C’était ainsi jusqu’à ce que je quitte Madagascar au début des années quatre vingt.
Cette bipolarité culturelle a marqué ma jeunesse, et même tout mon parcours, régissant ma vie dans une dualité parfois génante, mais très souvent constructive.

Quelles sont selon toi les plus belles années de Madagascar?
Trois mois par an je devais donc jeter chaussures, cahiers et cartable pour me retrouver parmi les paysans vakinankaratra à garder les zébus pieds nus et à travailler la terre avec eux. Je me devais d’être proche d’eux et de comprendre leur philosophie. Eux qui vivaient et vivent encore selon les règles sociales issues des traditions réputées immuables. Ils m’ont appris le valiha, le kabary, les hainteny, m’avaient montré les secrets enfouis dans les vieux contes. Tandis que l’école me préparait à la vie moderne, avec ces paysans j’ai vécu mes plus belles années en véritable enfant malgache.
Madagascar cherchait toujours sa voie au début des années soixante dix. La jeunesse malgache, guidée par des enseignants universitaires qui ne rêvaient que de “chasser les étrangers pour remplacer les étrangers” (mandraoka vazaha mba hisolo vazaha) prépara la révolution. D’ailleurs ceux qui l’avaient fomentée en sont toujours très fiers. Pourtant l’histoire a démontré que, pour avoir quitter quelques temps plus tard la Zone Franc, Madagascar a signé la ruine totale de son économie. Economie que ses alliés de l’époque, les pays du bloc de l’Est (Urss, Corée, Chine), avaient pourtant promis, à des pays du tiers monde comme Madagascar, de relever au profit du peuple. A condition que ceux-ci chassaient de chez eux les “impérialistes” occidentaux!
Notre bande de copains avaient alors son quartier général Rue Romain Desfossé, en pleine ville. Une des fenêtres donnait sur la rue et nous y regardions les lycéens et lycéennes descendre vers Analakely par ce passage obligé.
Un oncle militaire de carrière dans l’armée française, avec l’accord de mes parents, décida alors de m’inscrire dans un établissement en France. C’est ainsi que j’ai quitté l’île, le lycée jules ferry où j’étais depuis trois ans, ainsi que les paysans dont je chérissais la vie simple et tranquille à la campagne.

Comment voyais-tu Madagascar en 2010 de cette époque?
Je pensais:
Que l’Urss allait phagocyter tous les anciens pays colonisés pour en faire des mini états définitivement sous le régime communiste. Evidemment j’étais loin, comme tout le monde, de prévoir la chûte de ce fameux mûr qui a changé la face du monde.
Ou alors que Madagascar, sous d’autres cieux je dirais, avec une touche d’optimisme mais non dénuée de naïveté, allait devenir le Hong Kong de l’Ocean Indien, fabriquer en masse des produits de transformations qui contribueraient à son developpement rapide. Hélas!
Que les malgaches allaient, malgré leurs hésitations, trouver leur voie dans un monde où l’avenir est régi par des systèmes d’alliances complexes mais désormais vitales. Il a fallu vite déchanter!
Que, malgré le fait d’avoir été “abandonné” adolescent par des “pays adoptifs” peu soucieux des conséquences réelles d’un demi-siècle de colonisation, Madagascar allait pouvoir de lui-même remonter la pente.
Que ses dirigeants, qui semblent toujours si bienveillants à leur arrivée au pouvoir, allaient sortir Madagascar petit à petit des marrasmes économique, social, politique.
Je pensais que…
J’en suis toujours là! Et je ne suis pas le seul, je crois…
Ton message pour la postérité pour les 50 ans à venir pour les jeunes de 20 ans d’aujourd’hui
A notre époque, le destin d’un pays est toujours lié à celui d’un autre bien plus influent que lui, capable de le soutenir dans les périodes difficiles. Le tout consiste à ne pas se laisser noyer dans des intérêts trop divergeants, ne pas se laisser dénaturer par des cultures étrangères trop influentes, trop envahissantes.
Mais, que Madagascar soit lié à des pays d’Occident ou de l’Orient, il est impératif que son peuple devienne véritablement acteur de son histoire, de son développement. Puis il faut, pour avancer, accepter les critiques et s’assumer, reconnaître volontiers ses propres griefs de manière à pouvoir y remédier. Les mentalités malgaches actuelles réchignent encore à entendre des critiques. Celles-ci étant toujours étrangement considérées comme offenses. Or, comme dans certaines démarches psycho-sociologiques, il faut parfois se faire violence pour évoluer. La quête de soi n’est jamais un long fleuve tranquille!
Après l’agonie des grandes et vielles idéologies, les révolutions sont désormais mentales, intellectuelles, culturelles, économiques. Que la jeunesse malgache puisse alors consacrer son energie dans cette noble vision qui consiste à s’ouvrir au reste du monde, sans pour autant devoir se renier. Que les futurs dirigeants de Madagascar ne soient plus les avatars des rois Ubu qui plongent leur pays dans un gouffre sans fin, au vu et su de tout le monde.










Après l’échec de la décolonisation, notre attrait pour le socialo-communisme et notre alliance avec les pays de l’Est étaient inévitables. Le marxisme se basait sur l’émancipation des peuples et donnait une explication rationnelle de l’aliénation des masses. On était des exploités, des opprimés…il fallait surmonter cela…mais comme tu dis si justement, le problème est venu de nos dirigeants, si bienveillants au départ…et puis, on connait la suite..et ça continue aujourd’hui.
Tout à fait d’accord avec toi, il nous faut maintenant une vraie révolution mentale et intellectuelle…
Merci Illustre inconnu de nous apporter tes souvenirs et ton message pour la postérité. Il est de loin mon préféré ‘assumer et oser s’auto-critiquer pour mieux se construire”. Merci encore !
Malala> ton passage redonne un souffle à cette série. Désertée par les commentateurs. Alors que nous nous nourrissons des idées d’autrui, n’est-ce pas? Merci pour le petit passage.
Je suis doucement le fil des idées et remarque qu’à travers les années, les idéaux restent à peu près les mêmes que l’on soit parti que l’on soit resté que l’on ait 40 ans ou 24 ainsi de suite. Autant qu’à faire de blâmer les politicieux verreux par définition , il s’agirait aussi de renforcer les fondations de la baraque et d’inculquer au peuple (celui-là même qui court les rues et occupe les places, oui, celui qui crève de faim, qui vit sous un toit de tôle et utilise un crayon par famille) bref d’inculquer les vérités du civisme et les droits d’une société engagée et soucieuse de son propre épanouissmenent. Je pense que c’est Nathalie qui rappelle le besoin de juste s’impliquer dans son propre jardin et à même sa rue. Cet effort de juste se demander qui est le député de sa commune ou qui est sur le conseil municipal, je ne le fais même pas. Payer des impôts ne mène à rien dit-on, faire la charité non plus. mais à quoi mène l’opportunisme et les actions sans lendemain que tant de jeunes voient les générations au pouvoir exercer.
Il n’existe pas de boutons “effacer” par contre!
Bref, en un mot, priorité des priorités “EDUCATION”…pas facile ! je suis en train de me poser la question, mais qui va éduquer ceux qui ont la prétention de vouloir gouverner actuellement ?
leur enseigner l’humilité et le travail par l’effort. au bagne en somme . je ne vois pas d’autres solutions. oui. c’est grave docteur. le témoignage de Liz est tellement révélateur du dur labeur des éducateurs dans notre pays. Elle s’est investie dans les campagnes depuis très tôt dans sa carrière par choix et nous rappelle que notre situation ne s’améliorera pas tant que nous ne verrons pas le développement sous une forme INCLUSIVE. intégrer les masses, celles qui suent et s’épuisent sans rien recevoir de ces vérités éclairées qu’offrent l’éducation.