Lorsque Rondro vous inclut dans sa bande d’amis cela signifie que vous êtes embarqué dans un voyage social trépidant avec à vos côtés des compagnons tout aussi attachants qu’hilarants. Je ne la remercierai jamais assez de nous avoir apporté les témoignages de ses amis Nathalie et Aviva pour cette série. Comme avec Rondro il n’est jamais, ô grand jamais, question de laisser tomber, elle poursuit sa petite quête et nous apporte sur un plateau tout chaud pleins d’histoires venant du temps passé mais définitivement pertinent pour le présent. Et quel présent! 50 ans après on parle de commémoration d’indépendances en Afrique. Des pays libérés du joug colonial mais qui réellement ont éprouvé pires difficultés à construire de bonnes fondations pour établir des sociétés développées et épanouies (j’omets volontairement tout le blablabla sur démocratie, constitution, etc. sinon on en parlerait toute la nuit). L’on nous disait que les années 60-70 étaient les meilleurs, que les cinémas projetaient des films tout juste sortis des studios, aujourd’hui la production locale peine à diffuser ses réalisations à très très petit budget; l’on nous parlait de la vie communiste dans les années 80, que les rayons de supermarchés étaient vides de chez très vides, aujourd’hui il y a des émeutes de la faim et une exode rurale qui gavent les bidonvilles. Récolter les histoires de mes amis sur leur meilleur souvenir de la vie dans leur pays est une aventure humaine qui fait mûrir et pousse à prendre l’action pour aider les générations futures dans l’établissement d’une société plus juste, plus riche et simplement plus épanouie. On se sent inspiré, très inspiré, alors n’hésitez pas à engager la conversation autour de vous et de demander à vos proches et passants de transmettre leur message. Cela ne prendra que 10 minutes et 3 questions mais quelque chose me dit que nous irons loin….

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Qui es-tu?
J’ai l’âge de l’indépendance de Madagascar. Je suis née à Tana et j’y ai vécu mon enfance et ma jeunesse, dans différents quartiers. Quoique mon destin me l’ait fait quitter il y a 30 ans, je me considère comme un témoin de l’évolution de ce pays. Aujourd’hui, je vis en France. Généticienne et phytopathologiste de formation, le destin (encore lui !) m’a amené jusqu’au ministère de la culture et de la communication où je suis chercheur-microbiologiste. Ma mission consiste en la préservation des biens culturels patrimoniaux. Un beau métier (rare puisque l’on n’est que 3 ingénieurs microbiologistes à s’occuper de toute la France) mais surtout et avant tout une grande passion. Très liée à mes origines malgaches, mangeant du vary sosoa le matin et cultivant le anamamy dans mon jardin, je me considère pourtant comme une citoyenne de la planète terre. De part mon métier, j’ai eu la chance de parcourir le monde et de rencontrer les autres, et je constate l’universalité des hommes. Malgré nos différences de culture, nous sommes si pareils et nous aspirons tous à la même chose. Nos vies sont liées les uns aux autres et je crois fermement à l’effet papillon, si bien illustré par cette maxime du physicien Benjamin Francklin : « À cause du clou, le fer fut perdu. À cause du fer, le cheval fut perdu. À cause du cheval, le cavalier fut perdu. À cause du cavalier, le message fut perdu. À cause du message, la bataille fut perdue. À cause de la bataille, la guerre fut perdue. À cause de la guerre, la liberté fut perdue. Tout cela pour un simple clou. »

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Quelles sont selon toi les plus belles années de Madagascar?

Avant ma naissance, je ne sais pas. Quoi que ! Beaucoup de gens de l’âge de mes parents gardent une certaine nostalgie de leur jeunesse dans un pays sous la colonisation, avec des endroits pour les blancs et ceux réservés pour les indigènes, mais des écoles ouvertes à tous où on rencontrait les autres venus de si loin, on apprenait une autre culture, une mode de vie différente et on rêvait de cette vie-là. Pour mon père, ce fut la rencontre avec les grands textes classiques français, les philosophes, les mathématiques. Pour ma mère, c’était la rencontre avec la grande cuisine française et l’art de vivre à la française. Oui l’école pour tous ! Mon père, orphelin de père, allait à la même école que les vazaha, les pieds nus mais habillés dignement de vêtements propres. Il avait compris rapidement que de son instruction dépendait son avenir. Cependant, il n’avait pas à faire d’effort, il aimait cela, travailler, apprendre, connaître…et a légué en héritage à ses enfants, cette curiosité du monde et cette jouissance que procure le travail. Mes parents décrivent cette vie sous la colonisation assez difficile au quotidien mais dans un environnement relativement idyllique si on ne s’en tient qu’à la description : des jardins et des plates-bandes fleuris, des trottoirs propres, des bords de mer agréables, des femmes bien habillées, des gens polis et respectueux les uns des autres, etc. On était sous la colonisation et je ne pense pas que ce soit les plus belles années de Madagascar. Puis vient l’indépendance et Moi avec. Etait-ce les plus belles années ? Pour Madagascar, je ne sais pas mais pour moi, ce fut des années extraordinaires et je voudrais partager avec vous ici quelques images supplémentaires par rapport à ce que les autres ont déjà donné de cette époque.

Mes premiers souvenirs remontent début des années 60, où avec mes petits camarades on jouait hardiment au combat de coq. On récupérait des grands clous à la maison et on recherchait des plumes d’oiseaux qu’on attachait sur les clous. Voilà, nos coqs sont prêts. Le combat consistait à lancer le clou et le faire pointer dans la terre, à l’intérieur d’un cercle qu’on avait dessiné au sol et le plus proche possible d’un point central. Ca ressemble étrangement à un jeu de fléchette me direz-vous ! A cette époque, on n’avait pas de jouets manufacturés, à part de rares poupées en plastiques durs, aussi nous les fabriquons nous-mêmes avec tout ce qui traînait : les poupées chiffons avec des morceaux de tissus récupérés, la vaisselle des dinettes avec de l’argile, les kalesa (chariot) avec des bouts de planches, des rotules et du fil de fer, des flutes avec des branches d’arbres, des lance-pierres avec des élastiques et un bout de branche en U, etc. Enfant, on jouait tout le temps dehors jusqu’à même parfois tard dans la nuit les jours de pleine lune, où on faisait des rondes et on chantait.
Vers les années 66, on habitait dans le quartier de Besarety, partie basse de la ville. Pendant la saison des pluies, c’était cauchemardesque. Sur la place du marché, l’eau m’arrivait jusqu’en haut des cuisses. Et en revenant de l’école (petit lycée de Jules Ferry à Ankadivato), j’enlevai alors mes sandales en cuir pour traverser la place, et ne pas les abîmer. On n’était pas pauvre mais il y avait des choses qui n’étaient pas négociables avec ma mère : j’avais droit à une paire de sandales pour l’année scolaire et il fallait que j’y fasse attention. Ainsi, quand elles étaient abîmées, je les retapais avec l’aide de la nénette, en collant, clouant, attachant…bref, j’y faisais très attention pour ne pas en arriver là. Mais dans ce quartier, l’inondation de la place n’est qu’un détail. Le quartier est traversé par un canal où tout le monde y jette n’importe quoi et où surtout les eaux usagers des maisons avoisinantes s’y déversent. Notre maison était de l’autre côté du canal qu’il fallait traverser sur un petit pont en bois large d’à peine un mètre. En temps de pluie, le canal déborde et le petit pont est invisible. Quand j’étais seule, ça me donnait froid au dos, il ne fallait pas rater le pont sinon on tombait dans le canal et on était entraîné. Par contre, j’étais soulagée quand il y avait mon père qui me prenait sur son dos. A ce jour, 40 ans après, le problème de ce quartier pendant la saison des pluies reste d’actualité. J’allais seule à l’école qui pourtant se trouvait très loin, et je me souviens d’avoir toujours eu peur d’être kidnappée par les mpaka-fo « voleurs de cœur ». On disait qu’ils attrapaient les enfants, les mettaient dans un grand sac en jute et les emmenaient vers le biby-olona (un centaure), qui se nourrissait des cœurs d’enfants. A chaque rencontre avec un charbonnier ou un marchand, nos cœurs battaient à mille à l’heure…Ces histoires nous incitaient à faire attention, à être vigilant. Mais il n’y avait pas que ces histoires pour nous rendre sages, il y avait les vazimbas, les kalanoro, les kinaolo, les matotoa et les mpamosavy. Avant le coucher, notre nénette prenait bien soin de nous raconter un de ces contes, légendes ou récits macabres, pour que nous restions sagement dans notre lit, la tête enfoncée dans les couvertures et qu’on n’y sorte sous aucun prétexte que le jour venu. Et pour bien mettre l’ambiance, avant chaque histoire, elle vérifiait la fermeture des portes et des fenêtres devant nous, au cas où, il y en aurait un dans le coin. Notre éducation était beaucoup basée sur la peur et les interdictions de toute sorte. Peut-être pour cela que nous n’osons pas faire certaines choses. Il est vrai et universel, que les histoires qui font peur sont nécessaires pour le développement psychologique de l’enfant et stimulent leur imaginaire, mais jusqu’à un certain point. Dans l’éducation malgache, ces histoires sont vraies, plus vraies que le père Noël et à aucun moment, on ne nous apprend que ce sont justes des récits imaginaires. Le fait de mélanger ces histoires avec les tabous n’arrangent rien aux choses.
Je me souviens à l’école, des distributions régulières de nivaquine. On se mettait en rang dans la cour et on ouvrait la bouche devant l’infirmière qui nous faisait avaler le comprimé avec un petit verre d’eau. Je me souviens des visites médicales annuelles, où on se mettait en rang en sous-vêtements devant le médecin qui nous mesurait, pesait et nous faisait tirer la langue. Ces visites étaient imprévisibles, ce qui nous obligeait à être vigilants sur l’état de nos sous-vêtements, sinon, c’était la honte assurée. Chaque enfant était bien suivi.
De cette époque de Besarety, je me souviens du cinéma RIO, où passaient tous les peplums de l’époque : Maciste, Hercule, Attila, furent mes héros et puis il y a eu tous les films de Cecil B. de Mille : Cléopâtre, Samson et Dalila, les 10 commandements. Je n’en ai raté aucun ! Et avant chaque début de séance, l’esquimau glacé faisait partie du rituel. Mais plus que ces films qui étaient certainement biens, c’était surtout le fait d’y aller seule avec mon père, un moment rien qu’à nous deux, qui me laisse encore la lueur dans mes yeux quand je revois ces films. Et avec mon père, on partageait beaucoup de choses, privilège d’être la seule fille de la maison certainement ! Je me souviens des spectacles chantés au Tranom-pokonolona d’Isotry avec la Troupe Jeannette mais surtout Rain’i Dofa et son beso inimitable, le grand préféré de mon père. On avait alors droit au retour et pendant plusieurs jours, aux chants de mon père qui relarguait à fond la caisse ses morceaux favoris. Ces spectacles finissaient très tard le soir mais jamais sur le chemin du retour, on avait eu peur de se faire attaquer. Je me souviens de ces dimanches matin où on allait tous les deux titiller le poisson avant l’aube. La veille, il préparait soigneusement le matériel et moi, j’avais pour mission de trouver les vers de terre. Il disait que c’est à ce moment là que les poissons avaient faim mais souvent, les nôtres étaient au régime et on rentrait bredouille à la maison. Mais qu’importe, ce moment où on n’est que tous les deux, dans le silence, avec juste le bruit de l’eau, le frémissement des feuilles et le chant des oiseaux qui se lèvent, vaut plus que tous les poissons du monde. On ne restait pas longtemps car il ne fallait pas rater le début du culte au temple. L’éducation religieuse est importante dans la famille mais on ne nous inculque pas bêtement des histoires ou des théories. La religion occupe une place importante dans l’histoire du monde et a influencé le devenir des hommes. Il était important qu’on sache ce qui est écrit dans la bible et qu’on en discute. Comme il était aussi important de connaître les autres religions. On était de l’église protestante réformée mais quand on allait chez les grands parents, on les suivait chez les luthériens, les anglicans et les catholiques sans problème. En fait, chez nous, c’est plutôt le côté philosophique de la religion qui importait.
Chaque dimanche, après le culte d’Ambohitantely (sur les hauteurs de la ville), on descendait très rapidement à Antaninarenina, pour ne pas rater la fanfare de la Musique Gouvernementale. Sur le chemin de retour à la maison, on s’arrêtait chez « Glace Mino » pour acheter des glaces à l’eau dans des longs sachets en plastique. Après le déjeuner et un bon repos, notre journée du dimanche se terminait par une balade en voiture à la campagne s’il fait beau. C’était surtout pour rechercher aux bords des routes des marchands de poissons frais, de petits crabes, d’anguilles fumées, de fruits et légumes. Et on profitait pour acheter et manger dans la voiture, des épis de maïs bien chauds, des cuisses de poulet rôties, des foies de bœufs bien épicés, des mofo gasy, ramanonaka, menakely, saosisy gasy (j’en bave encore !), et puis de temps à autre, on poussait jusqu’à Fandriana, au pays Betsileo, d’où notre nénette était originaire. Il était normal qu’on l’accompagne chez elle afin qu’elle puisse voir ses parents et ramener quelques objets de la ville. Elle était restée près de 10 ans chez nous et faisait partie intégrante de la famille. D’ailleurs, elle s’occupait de tout : du ménage, de la cuisine, de la lessive et de nous.
Je me souviens des fêtes de la Toussaint où on se levait à l’aube pour allait fleurir toutes les tombes familiales, il y en avait au moins 6-7. Et on finissait toujours par Antsahadinta. On y cueillait des fruits d’aviavy (figues très amères), qu’on mâchait tout le long du chemin jusqu’à la maison ancestrale. L’allée jusqu’à la maison était entourée de conifères remplis de voangory (hannetons). On mettait un grand tissu ouvert sur le sol et en secouant énergiquement, on les faisait tomber. Notre festin du soir était à base de ces coléoptères frits. Je dois avouer que maintenant, vous ne pourrez plus me faire avaler ni voangory, ni sauterelles. Je me souviens des premiers jours de l’An où on allait souhaiter la bonne année à nos grands-parents, grands-oncles, grands-tantes, les plus jeunes se devaient ce rituel par respect envers les aînés.
Je me souviens des fêtes de l’armée à Mahamasina, où il y a avait des balançoires, des jeux de tirs, une rivière enchantée, du parachutisme et surtout de la barbe à papa.
Je me souviens des podiums de bals populaires sur l’avenue et des fêtes foraines à Ambohijatovo ou Mahamasina pour la fête de la république. Je me souviens du gigantesque feu d’artifices tirés à Anosy. Je me souviens des fêtes d’enfants au palais de Mahazoarivo. Je ne sais pas comment on était sélectionné mais j’y suis allée 3 ou 4 fois. C’était un grand goûter sur une longue table dressée dehors, des jeux de toutes sortes où l’on essayait de gagner des lots. Mais même si on ne gagnait rien, on ne revenait jamais bredouille car chaque enfant avait droit à un petit panier rempli de friandises et de jouets.
Je me souviens de la parade de Noël avec l’humoriste Jacques Dallès déguisé en Père Noël. Sur son traineau rouge et blanc et accompagné de la Mère Noël, ils parcouraient la ville et distribuaient des bonbons et des ballons. Je me souviens des retraites au flambeau la veille de la fête nationale. Durant la semaine qui précède, on était tous préoccupé par la fabrication ou l’achat des lanternes. Le soir de la veille, on rejoignait les autres enfants et nous voici parti le long des rues, en une très longue procession, deux par deux, avec nos lanternes allumées.
Je me souviens du défilé militaire du 26 juin sur l’avenue de l’indépendance.
Je me souviens des parterres de fleurs sur cette avenue et au bout, la statue de Marianne apprenant à lire à Balita. Après les évènements de 1972, cette statue a été enlevée et a été mis au rebus. Mes parents l’ont racheté et elle se trouve maintenant dans notre jardin.
Oui, 1972, c’est là que tout a changé. Des enfants sans souci que nous étions, nous voici propulsés soudainement dans un monde de révoltes, de combats et avec de nouveaux codes. Le lycée Jules Ferry s’est vidé de ses élèves français, la langue malgache était à l’honneur, et non seulement le nombre d’heures des cours de malgaches se sont accrues mais on se devait d’apprendre les dialectes des autres provinces. Revenant alors d’un séjour de 2 ans en France, j’avais un peu perdu le malgache mais il était hors de question pour mes parents que leurs enfants aillent ailleurs qu’à l’école de la république. Je me souviens de ce prof de malgache, qui par compassion et parce qu’il savait que je n’étais en rien fautive, me mettait une note minimale de 2/20 pour m’encourageait, sur des devoirs qui méritaient – 100/20.
Finies les parterres de fleurs de l’avenue de l’indépendance ou de tout autre jardin d’ailleurs, finie la fête de l’armée, finie la parade de Noël, finie notre nénette. Je parle de la nénette, car à partir de là, on n’a jamais pu avoir quelqu’un à la maison qui reste plus d’un an. Les gens ne veulent plus travailler chez les particuliers, pas assez bien payés, exploités, patrons indignes…oui, il y bien-sur une part de vérité mais beaucoup se retrouvaient sans travail et préféraient rester ainsi.
J’avais 12 ans en 72. Changement dans le pays mais début de l’adolescence pour moi. Forcément, on commence aussi à voir les choses autrement. La vie politique est au centre de discussion de tous les adultes. On parle beaucoup de manifestations, de protestations, de liberté, d’élections. Et notre vie de collégiens est agrémentée par de nombreuses grèves. Je dois avouer qu’au Lycée Jules Ferry, une certaine fermeté reste en vigueur. Les enseignants grèvent, mais nous, on reste à l’étude sous la vigilance de surveillants qui restent fermes. Mais 72, c’est la fin des écoles unisexes. Les garçons arrivent au lycée, les filles se mettent en pantalon, se maquillent, laissent leur tablier ouvert…on frimousse pendant un temps avant de comprendre qu’ils sont banalement comme nous. C’est l’époque des boums de l’après-midi et des boums de fins d’année dans les salles de classe, moments tant attendus pour se coller contre les garçons au rythme des chansons de Joe Dassin, Michel Sardou, Mireille Mathieu ou les Poppys…C’est aussi l’époque des sorties de classe. Une petite comité devait s’occuper de l’organisation pour choisir l’endroit et avoir l’autorisation des fokontany pour pique niquer sur leur terre, il fallait trouver les moyens de transports…et nous voici partis, en fredonnant les chansons de Mahaleo, de Thierra Bruno ou du Sakelidalana.
Puis arrivèrent les années Ratsiraka qui dureront 25 ans. D’abord dans l’euphorie et l’espoir d’un pays nouveau, enfin décolonisé, prenant son destin en main. Mais sans rentrer dans les considérations politiques, la vie sous Ratsiraka fut la pénurie et les longues queues pour tous les denrées de base, la peur d’exprimer ses opinions sous risque d’être entendu et atterrir en prison, les routes jonchées de trous dans la capitale, la fin des salles de cinéma, les ordures qui s’amoncèlent partout, des pauvres de plus en plus nombreux au centre ville, mendiants et dormants dans les rues ou construisant un peu partout des abris de fortune en carton et tôles ondulés. Et puis à côté de tout cela, un certain groupe de personnes devenant très riches, circulant dans de belles voitures, faisant leur petite loi partout où ils passent, même chez Blanche neige, le glacier favori des jeunes…je ne crois pas que ces années furent les plus heureuses de Madagascar. Pour ma part, après 18 mois d’un service national inutile, et obligatoire pour tout bachelier, accompagné d’une formation militaire en caserne (et affligée d’un uniforme beige/kaki ridicule), j’ai eu la chance de pouvoir partir à l’étranger car les études de génétique que je voulais faire n’existaient pas à Madagascar. J’ai eu surtout la chance d’obtenir une bourse car à l’époque, la réglementation pour sortir des devises était très stricte. Même la sortie des bijoux en or était réglementée. Ceux qui allaient à l’étranger devaient les déclarer et les ramener. De même quand on y revenait en vacances, il fallait les déclarer en entrant et ne pas en faire ressortir plus. Ce service national fut une catastrophe pour tous. Je l’ai fait en tant qu’enseignant de sciences naturelles dans un collège. Sans aucune formation préalable, j’ai du enseigner, en malgache, à des enfants de la 6ème à la 3ème qui n’étaient pas plus grands que moi pour certains élèves de 3ème. Et dans toutes les matières c’était pareil. Je ne sais pas ce qu’est devenue aujourd’hui cette génération mais je sais que beaucoup ont eu du mal, après le bac.

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Comment voyais-tu Madagascar en 2010 de cette époque?

Quand j’étais enfant, je voyais un pays prospère. Je ne m’étais jamais imaginée ailleurs. Je voyais l’évolution de la technologie dans les autres pays et il était évident pour moi, que Antananarivo sera un jour, une ville moderne avec plein de gratte-ciels, des fenêtres et des portes qui s’ouvrent par télécommande dans les maisons, des maisons avec des architectures futuristes. J’avais la chance d’avoir une télé à la maison, une bibliothèque familiale bien garnie et un père très cultivé, ce qui m’a fait découvrir ce qui se passe ailleurs et m’ont fait espérer un progrès technologique énorme dans le monde, et Madagascar faisait partie de ce monde. Quand j’étais enfant, je ne voyais pas Madagascar comme un pays pauvre, le modernisme était en route et nous, on était juste comme des campagnards, mais ça allait venir. Mes espoirs se sont évanouis avec les années Ratsiraka. Cependant, je n’aurai jamais imaginé notre état actuel, qu’en 2010, on fasse partie des 10 pays les plus pauvres du monde…dites-moi que c’est un cauchemar et que ce n’est pas vrai !

dotmgTon message pour la postérité pour les 50 ans à venir pour les jeunes de 20 ans d’aujourd’hui
Les jeunes sont l’espoir de ce pays. A 20 ans, on était en plein milieu des années Ratsiraka. L’état du pays nous a fait prendre conscience de beaucoup de choses et nous a forgés. Beaucoup ont essayé de changer les choses mais le poids des vieilles habitudes et du système mis en place par Ratsiraka a eu raison d’eux. Aujourd’hui encore, ce système perdure et nous empêche d’avancer. Cependant, le monde avance vite, très vite, et si nous traînons trop à prendre le pas, on restera figé dans notre moyen-âge. Les nouvelles technologies vous ouvrent les portes du monde et du futur. Regardez ce qui se passe ailleurs, analysez et prenez-en de la graine. Apprenez à voir sur le long terme et apprenez à investir. Ayez les yeux vers le futur mais pas uniquement sur le présent et regardez en arrière pour apprendre. Connaître le passé, nous explique le présent. Et si j’ai un seul conseil à vous donner, soyez des citoyens responsables. Chacun peut agir à son niveau au quotidien, dans sa famille, dans son fokontany, dans son village, ce sont tous ces petits riens de tous les jours qui feront changer les choses…intéressez-vous à votre entourage, à votre environnement et puis bossez…bossez…bossez, la route est longue mais il en restera toujours quelque chose. L’éducation et la modernisation de l’agriculture sont pour moi parmi les principaux points prioritaires dont il faut s’occuper rapidement.
Jeunes, ne baissez jamais les bras et allez voter SVP, ne laissez pas les autres décider à votre place ! L’avenir de ce pays est entre vos mains !

4 Responses to “Il était une fois Madagascar … selon Malala”

  1. on 24 Jan 2010 at 7:30 amikalakely

    mmm…. un petit changement ici! nice world

  2. on 24 Jan 2010 at 5:36 pmjogany

    quelle aventure que ta vie chère Malala. J’ai dû transmettre à Rondro une bonne dizaine de fois mes merci merci merci et merci mais bon je pense que ce ne serait pas de trop d’en rajouter ici : merci merci merci.
    Je me dis que ton effort d’avoir relaté tes souvenirs sur le net aura plus que les impacts espérés (autre que de me voir totalement awww en lisant) celui de contribuer à la mémoire collectif. Imagine les jeunes de maintenant et demain qui n’auront plus les souvenirs de leurs parents pourront se servir des tiens. Et ils sont tellement bien élaborés mis dans un contexte et détaillé avec des indices sur ta vie personnelle…qu’on aimerait carrément en faire un film. je sais je verse dans le mélo.
    Il y a eu tellement de formes d’oppressions à Madagascar. les derniers régimes ont été selon moi assi pires que les colons car ils ont volé leur liberté au malgaches, celle pour laquelle ils se sont battus très durement. On a perdu tellement du temps aussi à se pointer du doigt qu’on a oublié les réelles obligations d’un citoyen : comme tu dis aller voter, s’impliquer dans le processus démocratique à même dans ta famille , ton jardin, ta rue et bosser bosser
    merci merci merci

    ikala>oui on va faire sobre hein

  3. [...] l’illustre inconnurapporté par Rondro Il était une fois Madagascar…par Malalarapporté par Rondro Il était une fois Madagascar…par Ranalinarapporté par Patrick Il [...]

  4. [...] l’illustre inconnurapporté par Rondro Il était une fois Madagascar…par Malalarapporté par Rondro Il était une fois Madagascar…par Ranalinarapporté par Patrick Il [...]

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