[Merci à Super Ikalamako de nous avoir transmis les histoires de Lalasoa et de Nathalie. Si vous aussi avez dans votre entourage des personnes motivés pour discuter des meilleurs années de Madagascar depuis l'Indépendance. Engagez la conversation, partagez avec nous , on ne sait jamais où cela va nous mener...]
Il fut quelques temps quelque part. J’eus l’habitude de publier des liens vers des blogs témoignant de la vivacité/véracité de la vie à Madagascar. Celle qui dépasse les clichés, que l’on croise tous les matins en attendant le bus à 6h du matin après avoir pu avalé un café et un menakely. Aucune idée si untel/unetelle y a manifesté de l’intérêt – à vrai dire je n’ai toujours pas pu cerner le sens de ce blog – mais les petites idées ont continué à trotter dans ma cabosse et comme je prends beaucoup de plaisir à broder des liens et des histoires, l’envie m’a prise de demander à mes bons amis s’ils voulaient eux aussi prendre part au petit jeu “Madagascar … 50 ans après” et de partager à travers plusieurs générations de malgaches les espoirs d’avant, la réalité d’aujourd’hui ainsi les souhaits pour demain. Je fais donc appel à toutes les bonnes âmes d’initier la conversation (et de soumettre ici) si jamais vous avez dans votre entourage des personnes ayant vécu l’indépendance de 1960, la révolution de 1972, la vie dure dans les années 1980, les rues de 1991,…bref engagez-les à répondre à ces TRÈS courtes questions. J’attends impatiemment vos messages!


Qui es-tu?


Baptisez moi selon votre appréciation. Je vous accorde le privilège de m’appeler comme vous le voulez, soyez gentils quand même comme je suis super sympa de vous livrer mes petits secrets, baptisez moi après lecture de mes lignes qui vous sont dédiées.
Membre de la gente féminine, Sakalava de coeur et Merina de culture, Malgache dans l’âme, citoyenne du monde dans l’esprit, je n’avais pas 5 ans révolus au moment où il a été décidé que Madagascar devait fêter son indépendance et sa nouvelle forme de relation avec les anciens colons. Faire le trajet en taxi brousse entre le pays Sakalava du Menabe dans l’ Ouest et les Hauts plateaux en passant par Malaibandy, Jandriana, Ambatofinandrahana, Ambositra, plus tard en zappant le pays Betsileo et passant par Miandrivazo et Malaimbandy, 4 fois par année , pendant 10 ans, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse froid, que cela brûle par 37 degrés ou qu’il fasse tout simplement beau m’a donné au moins, l’expérience, l’endurance du déplacement et la conviction qu’ à coeur vaillant aucun voyage n’est impossible, même pour aller au pôle nord! J’habite dans un pays oú le riz ne pousse pas, et malgré l’ingéniosité des Suédois je crains chaque hiver que je ne glisse sur la glace scandinave et en sorte horriblement édentée comme résultat au contraire de l’image qui me reste de mon enfance où les adultes craignaient aux mêmes mois de l’année les ravages des cyclones pendant que les enfants de ma région dans leur candeur espéraient des flots d’eaux torrentiels pour échapper à la routine de l’école et s’adonner aux jeux de barques improvisés! Rien ne sert d’oublier mon pays, j’oeuvre pour les jeunes scientifiques dans les pays en développement!


Quelles sont selon toi les plus belles années de Madagascar?


Il faudra remettre mes propos dans le contexte de souvenir d’enfance et d’adolescence, avec toute l’innocence, la candeur de l’âge car il n’est pas habituel de s’attendre à ce qu’un enfant ait une vision globale de la situation socio politico économique d’un pays et des conséquences d’une situation au temps présent sur le futur de son pays.

Je me rappelle ces années en primaire où je devais venir tous les vendredis à l’atelier du grand oncle de mon père que j’appelerai ici grand père. Il était coiffeur. La raison avouée de la visite pour mon grand père qui représentait mes parents devant l’école était de regarder mon bulletin de notes hebdomadaires et aussi pour lui de frimer devant ses clients et quelques amis qui venaient de loin pour se faire couper les cheveux gratuitement les vendredis comme quoi sa petite fille parlerait toujours malgache et qu’elle maitrisait aussi la langue des colons; il nourrissait en moi l’espoir de pouvoir bien négocier à la table de ces gens là! Ma raison inavouée mais bien ancrée dans mes motivations n’était pas si sophistiquée que cela, je recevais une grosse pièce de 5 FMG surlaquelle était inscrite une belle tête de zébu en échange de mes efforts scolaires hebdomadaires qui avaient l’air de satisfaire grand père. Cette pièce valait 10 bonbons berlingots quand j’allais chez l’épicier pour me récompenser moi même de mes efforts.

Dans mes souvenirs, je crois me rappeler qu’il était d’usage pour les parents bien éduqués de parler à leurs enfants en langue Malgache et on parlait le francais á l’école. Ces parents s’évertuaient à parler un Malgache plutot recherché, on entendait souvent des ohabolana, et la sagesse des anciens était utilisée comme références, et quand les parents voulaient rajouter une touche francaise, ils n’introduisaient pas des mots étrangers dans une phrase, mais faisaient plutôt une entrée en bonne et due forme et invitaient ainsi l’enfant qui écoutait à marquer la différence dans son esprit. Les parents diraient, tu ne connais pas le dicton francais ou le mot francais qui suit. Ils avaient une manière remarquable de lutter contre la cannibalisation de notre culture par les autres. Aujourd’hui on lutte pour ne plus parler notre langue et pour parler à demi les autres langues!

Dans mon adolescence, l’école et les parents travaillaient de concert en tant qu’autorités. Ils ne se contredisaient pas, ils travaillaient pour le même objectif: la réussite par le savoir et il me semblait que le mileu social duquel venait l’enfant ne jouait aucun rôle une fois celui ci sous l’autorité des maîtresses et enseignants. Ils se faisaient aussi gronder et pouvaient avoir des punitions et avertissements, les parents ne pouvaient pas corrompre les enseignants encore moins la directrice! Les enfants de ministres cependant étaient la vilaine exception, mais concernant industriels, sénateurs, députés, enfants de riches commercants, magistrats, docteurs, Malgaches, Indiens, Chinois, Francais ou autres nationalités, ils etaient à la même enseigne que le peuple à l’école! Je n’etais pas alors jalouse de ceux qui m’étaient différents et je n’avais pas comme souci de me demander d’òu venait la réussite de leurs parents. Mon école m’a permis d’avoir des amies de tous les milieux de la société Malgache.

On croyait beaucoup en l’éducation et la formation pendant ma jeunesse. Les jeunes rêvaient de devenir quelqu’un et de contribuer au développement du pays, on ne parlait pas de devenir riche, on parlait de bâtir par un bon diplôme et une bonne situation. On rêvait de partir en Europe pour une meilleure formation et pour revenir et servir le pays! L’école et les parents parlaient le même langage, ils avaient le même rêve pour leurs enfants, qu’ils réussissent et servent l’intérêt de Madagascar. Aux distributions de prix, ou dans les réunions familiales, quand on félicitait un adolescent, ou encourageait un membre qui allait partir en Europe pour les études, on entendait ceci: “Ho rehareha sy tabia ny fianakaviana sy ny firenena”.

C’etait encourageant d’entendre qu’une très bonne éducation avec une excellente formation était la vraie voie à la liberté et la résistance contre la corruption: on entendait dire: rehefa tena mahay zavatra ianao, ilainy olona foana, sarobidy tsy ho voavidy vola ny fanahy!

Je me souviens aussi de ces excursions familiales , entre amis ou avec les paroissiens du temple. Cela donnait une bonne ambiance de cohésion et de détente. Les employés de maison venaient aussi car on n’avait pas à craindre de laisser la maison “seule”. On n’avait pas la phobie des voleurs .

Les Malgaches étaient bien génereux et chaleureux . On pouvait aller rendre visite à notre oncle sans avertir, il ne rechignait pas pour les bouches supplémentaires à nourrir le jour de notre visite, il était content et heureux qu’on vienne lui faire un petit coucou.

Quand on avait des amis de province de passage dans la capitale, même à l’improviste, on était agréablement surpris par leur visite , on les hebergeait et on ne comptait pas le kilo de riz ou de viande qu’il fallait leur offrir, on était tous heureux d’avoir une grande famille au sens large, et toute la chaleur que cela emmenait surtout les soirées quand on se racontait nos histoires de rigolades et blagues entre humour côtier et humour merina. Nous sortions heureux d’avoir été hospitaliers et tous nos amis de la côte nous rendaient bien aussi notre affection.

J’aimais bien entendre à la radio et aussi voir sur les timbres: Izay mandoro tanety mandoro Tanindrazana.

C’etait onéreux d’aller au théâtre en famille, alors le mieux performant de la semaine à l’école avait le privilège d’aller accompagner un adulte pour voir une pièce au tranompokonolona Isotry. Le reste cependant pouvait se consoler grâce aux émissions du sangisangy zaritenany, on écoutait tous pieusement chaque sketch radiophonique suivi de rires en choeur familial, il fallait cependant bien synchronizer pour arrêter court aux rires car le prochain sketch venait rapidement aussi. Gare à celui qui ne savait pas suivre la discipline du groupe, il s’attirait la foudre du leader familial qui criait Mangina! Mantsiny!


Comment voyais-tu Madagascar en 2010 de cette époque?

Franchement je n’avais pas encore la maturité de pouvoir penser à ce que Madagascar aurait été en 2010. Toutefois mon père aimait bien parler de Ralambo, les Ranavalona, Kamamy. Rasalimo et bien d’autres figures de notre histoire. Dans sa manière de présenter les choses j’ai retenu que Ranavalona et Rasalimo étaient bien stratégiques. J’ai pensé à une certaine période de mon adolescence qu’ une femme devrait diriger Madagascar, cétait l’avenir, elles me semblaient plus stratégiques! Je ne suis pas sure cependant que j’ävais prévu cela pour 2010, avant ou après.

Aussi comme père nous emmenait partout dans la brousse du Menabe, je pensais que le riz était une richesse qu’on pouvait cultiver de plus en plus, je voyais Madagascar comme le grenier à riz du monde entier et qu’il y aurait plein de charrues et que le gouvernement aurait arrêté l’opération radio transistor pour financer les besoins en développemen de la culture du riz plutôt ! Dans toute l’histoire je pensais que je serais alors une bonne avocate ou magistrate qui défendrait les intérêts des paysans contre les vilains exploiteurs en 2010! LOL dans le sérieux! Je pense que la Directrice de mon Lycée ainsi qu’une de mes professeurs d’anglais avaient approuvé mon idée et trouvaient mon rêve realisable. Je ne peux pas dire maintenant si c’était le métier ou le grenier à riz que ces braves dames avaient trouvé realisable!

Ton message pour la postérité pour les 50 ans à venir pour les jeunes de 20 ans d’aujourd’hui

Madagascar ne peut pas envisager un développement durable sans s’atteler à la science et technologie! Ceci ne doit pas être l’apanage uniquement des citadins à mon sens. Si vous devez être dirigeants un jour! Il est plus intéressant d’avoir des Malgaches bien éduqués en moyenne, que de voir une petite élite citadine très bien formée. Avec qui allez vous traiter à Madagascar dans une perspective durable?

Osez aussi entreprendre, avec l’esprit d’opportunité que de problèmes pour avancer. C’est aux Malgaches de bâtir Madagascar, les autres viennent vers nous s’ils y trouvent un intérêt. Une fois les intérêts estompés, ils nous quittent pendant que nous restons. On ne peut pas envisager un développement économique sérieux et durable sans démocratie si vous êtes amenés à vous lancer dans la politique, en même temps, on doit se poser la question combien d’années faut il pour établir une démocratie et est il possible d’avoir une démocratie aller plus vite qu’un développement économique? Si on s’attelait aussi à renforcer l’éducation de la masse rurale, avec des niveaux de formation techniques et professionnelles appropriées, pourriez vous voir comment cela peut servir l’intérêt du citadin?

Voyez le développement sur tous les fronts. Vous contenter des grands projets amenerait à faire des Malgaches surtout comme techniciens et employés, pendant que voir aussi parallèlement l’épanouissement des petits entrepreneurs Malgaches incluerait la force bâtissante du pays. Encore faut il créer les conditions équitables et justes pour tous les bâtisseurs pour stimuler leurs talents! Pensez y si vous aimez la politique!
Il n’est jamais trop tard pour bâtir!

De celle que vous venez de baptiser——-?

Nathalie

12 Responses to “Il était une fois Madagascar…par Nathalie”

  1. on 12 Jan 2010 at 11:56 pmjogany

    Chère Nathalie,

    Merci pour tant de générosité merci de partager et de donner de votre temps. Je viens de relire une 5è fois cet article et m’y replonge mot par mot. Je ne pourrais rédiger de commentaire à la hauteur de votre talent et de votre savoir mais j’apporte quand même ma pierre à l’édifice et cela pour honorer votre témoignage.
    Il est si facile de se replonger dans le passé lorsque vous remettez en contexte vos allers-retours de la ville vers la campagne vers la province vers la capitale. De nos jours , il est vrai et tant de contributeurs l’ont rappelé : la campagne s’invite à la ville et les régions s’ignorent entre elles. J’ai vécu aussi dans cette belle ambiance “bipôlaire” où l’on “mihikizaka” sur les merina lorsque sur la côte mais aussi lorsqu’arrivée en ville j’éprouvais cette passion intense pour son intensité. Cette énergie qu’elle nous confère équivaudrait-elle à celle-la même qui vous a poussée à réussir dans votre parcours professionnelle pour tendre ensuite la perche aux jeunes laissés derrière vous? Votre oncle et votre père mais aussi toute votre famille (incluant ceux qui sont encore là-bas et qui accomplissent les adidy à notre place) vous ont tous porté à ce niveau d’accomplissement et j’en suis certaine que leur coeur gonfle de fierté encore aujourd’hui. Car on parle bien de cela aussi dans cette série : de la fierté de porter la bannière de son pays, de pouvoir représenter dans le succès et le savoir les valeurs que nos anciens ont chéri et cultivé, de pouvoir par l’éducation passer le relai et de veiller au grain que le message passe.
    Nous perdons beaucoup trop de temps à blâmer l’échec sur les autres ou sur notre propre nonchalance. Bientôt des générations n’auront que pour seul voyage dans le temps des souvenirs de crises économiques et politiques perpétuelles avec des aigreurs de difficultés sociales et personnelles. C’est dans cela que l’injustice demeure…

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by Jogany, Jogany. Jogany said: Il était une fois Madagascar…par Nathalie: [Merci à Super Ikalamako de nous avoir transmis les histoires .. http://bit.ly/5qjx6E [...]

  3. on 13 Jan 2010 at 6:41 amikalamako

    …lire le comm de jogany m’a fait perdre mon fil d’idée.
    Que voulais-je dire de si simple déjà ? lollllllll

    ah voilà…que je baptiserai justement “Madame la Citoyenne du Monde “

  4. on 14 Jan 2010 at 2:49 amjogany

    oh pinaixz je viens de comprendre le mode “reply” dans dashboard de wordpress genre hyper pratique . i know.
    ikalamako>laisse tomber le blababla je pense que “citoyenne du monde” est vraiment ZE qualificatif ou aussi “CITOYENNE ENGAGÉE” parce que vraiment là…bises à nathalie vraiment c’est fabuleux.

  5. on 14 Jan 2010 at 5:32 amikalamako

    mio engazé militaire comme le disait Zao

  6. on 15 Jan 2010 at 6:42 amtomavana

    “les parents s’évertuaient à parler un Malgache plutot recherché, on entendait souvent des ohabolana, et la sagesse des anciens était utilisée comme références”

    mes parents procédaient aussi ainsi!

  7. on 16 Jan 2010 at 2:32 amjogany

    la chance, pinaiz. un petit aveu je pense que certains partagent (tout au mois les illetrés de ma génération …oui je vous regarde) imaginez-vous que le seul malgache soutenu que j’aie entendu provenait de mes cours d’école du dimanche et du culte par la suite. j’insiste parce que je fus assidue. oui ça ne se voit pas. mais jusqu’à ce jour, lorsque j’entends un toriteny en malgache j’ai des frissons (dans le sens qu’ikalamako et tomavana exprime : respect) du coup ben du coup je ne sais pas trop . en tout cas on continue on continue et d’ici 2-3 ans je pense pouvoir rédiger un article entier sans une seule phôte d’ortografeuh [doty!]

  8. on 16 Jan 2010 at 6:08 amnathalie

    Bonjour Jogany, Ikalamako et Tomavana,

    Excusez moi, je n’ai pas réalisé qu’ en fait on pouvait commenter ici, je ne suis pas tres adroite pour l’instant avec cet outil de communication. mais il y a un début á tout, l’autre jour c’est par hasard que j’ai vu qu’il y avait eu des réactions aux contributions!

    Merci Jogany de tes mots d’appréciation, en passant c ‘est Ok si on se tutoye? . Je suis ravie aussi de voir que Ikalamako et Tomavana ont la pêche et réagissent et avec humour aussi !

    Ce fut un plaisir pour moi de partager ici mes souvenirs d’enfance et d’adolescence.
    !

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